Bio

1964 :

jamais autant de bébés n’étaient nés en France que cette année-là.

J'en fais partie. Et je comprends très vite que si je veux préserver ma tranquillité, et m’éloigner de cette masse grouillante de bébés, il me faut choisir scrupuleusement mes activités.

En plus, j'aime jouer - en fait, je n’aime que ça, jouer-. Le football me semble une bonne solution ; 22 à s’amuser sur un joli gazon, tandis que dans les tribunes la masse grouillante hurle au son des cornes de brume.
Mais après une saison passée à explorer le banc de touche, je décide de changer de plan de carrière.

Le but : toujours choisir le bon côté du terrain, si possible au calme, si possible là où on s’amuse, si possible bien éclairé (car j'ai peur du noir). Enfant de chœur, c’est très bien, par exemple. Mais si boire le vin de messe en cachette est un agrément, ce n’est pas un métier. Hélas.

Un jour ma mère, bien inspirée, m'annonce au goûter (j'ai 5 ans) “tiens voilà ton professeur de violon”.
Musicien, pourquoi pas ? On est du bon côté du rideau de scène, celui où il y a de la place pour mettre ses jambes, on est éclairé, et parfois même on vous paye pour jouer.

Être payé, pour JOUER ; idéal. Mais jouer de quoi ? Très vite le problème se pose pour moi.
Le violon ? Trop étriqué, trop exigeant.
Le piano ? Pas mal. Un peu lourd à transporter.
La batterie ? Ça dépote, c’est sûr, mais quand on a fini de la démonter toutes les filles sont déjà parties.
La guitare ? Sympa. Un peu trop scout.

Alors, après avoir joué de tous ces instruments alternativement, j'ai enfin une bonne idée : faire jouer les autres à ma place.

Profession : compositeur. Ce qui est plus facile à dire qu’à faire.
Comment peut-on, à 16 ans, envisager cela ? Ben on peut pas. On envisage pas. Parce qu'à cet âge-là, on pense qu'un compositeur, c’est quelqu’un de très sérieux, de très vieux aussi, voire de très mort.

Alors je passe mon bac, puis m’arrête là pour ce qui est de prouver aux autres que je ne suis pas plus stupide que la masse grouillante de mes condisciples. Ensuite, je deviens spécialiste de tournage autour du pot. Jazz, musique concrète, direction de chœur, prise de son, tout m’intéresse, rien ne me fixe.

De bonnes âmes, me voyant papillonner, histoire que je m’arrête un peu, se disant qu’à force je vais leur donner le tournis, me demandent de composer pour le théâtre. Pourquoi pas ? me dis-je ; tant qu’on est du bon côté, du côté calme, du côté où il y a de la lumière. Évidemment, papillon dans l’âme, la chanson, le cinéma, tout ça m’attire, tant qu’il y a de la lumière, des jolies filles, et qu’on ne fait pas la queue.

Alors, de fil en aiguille, de fleur en fleur, tout s’enchaîne. Et comme, grâce au violon, j'ai développé sans le savoir l’art de la mélodie qui rentre dans la tête et qui n’en sort pas, je trouve de plus en plus de bonnes âmes pour me dire “compose, joue, amuse-toi, on s’occupe du reste”.

* * *

À 51 ans, je joue toujours. Je m'amuse. Je n’ai presque plus peur du noir.

J'ai semé derrière moi plus de 200 chansons, 5 musiques de long-métrages, 11 de courts, plus de 80 musiques de scène, plus de 50 musiques d’histoires pour enfants, et plein de tas de musiques que des bonnes âmes me demandent régulièrement de composer, espérant toujours qu’un jour, eh bien, je me pose.